Je suis quelqu’un, Aminata Aidara

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C’est une histoire qui commence par la révélation d’un secret de famille, l’existence d’un enfant illégitime mort-né.

C’est l’histoire d’Estelle et de Penda, sa mère. Ce roman nous emmène dans leurs vies à elles deux.

La manière dont elles vivent leurs vies de femmes, en dehors de leur rôle de fille ou de mère. Elle nous emmène dans leurs doutes et leur souffrances. Il s’agit d’un récit intime de deux femmes.

Elles nous parlent chacunes à la première personne et certains chapitres sont contés par une narratrice omnisciente.

J’ai aimé la manière dont, très vite, Estelle, décrit sa mère, son courage. Le courage qu’a eu sa mère de poursuivre son bonheur, son amour. On a l’habitude que cela soit décrit comme une attitude émotionnelle dénouée de raisonnement logique. Ici, Estelle le décrit comme du courage « Partir comme ça, sans préavis. Abandonner tout et tout le monde pour suivre un homme, avoir le courage de le faire. » p. 50. Ce changement de perspective sur une situation de vie qui pourrait pourtant être décrite comme irrationnelle est beau.

La trame du livre est la souffrance engendrée par ce secret. Pour Estelle, c’est la découverte de ce secret, ou sa re-découverte. Pour la mère, c’est l’absence d’un enfant, le choc de sa perte et l’idée, qu’il ne serait pas mort mais enlevé. On ressent le poids de ce secret sur les relations familiales et sur les souffrances personnelles des personnages ainsi que l’impact d’un tel événement sur l’inconscient et le trauma engendré. A titre personnel, je suis persuadée que ce type de secret peut avoir des conséquences sur intergénérationnelles et que le dénouement de ces situations peut épargner des souffrances futures.

Penda nous parle également de son amour, nous suivons ses questionnements amoureux et l’attente d’un homme, Eric, pas assez mature pour assumer ses responsabilités et laisser de côté son égo-trip (oui, Eric m’a énervé et j’ai eu de la peine à ressentir de l’empathie pour ce personnage). L’attitude de Penda aurait pu sembler énervante aussi, d’être à ce point « envoutée » (ce n’est pas le mot) par cet homme. Mais non, bizarrement je l’ai lue, pas forcément comprise, mais je ne l’ai pas jugée.

En lisant l’épilogue on se dit que ce n’est pas la fin, le récit donne comme un goût de « to be continued ». Ce que l’autrice a confirmé dans le Podcast Après la Première Page.

Cette histoire m’a énormément touchée et j’ai terminé le livre avec  douleur et soulagement. Pourtant, je dois avouer à contrecœur que la lecture de ce roman n’a pas été facile, c’est un livre de 350 pages et, à plusieurs reprises, je me suis ennuyée pendant la lecture. J’étais dans l’attente d’un rebondissement, que quelque chose ranime cette famille, les rendent à nouveau vivants. J’ai repris du plaisir à partir des trois-quarts du livre.

Néanmoins, la plume d’Aminata AIDARA est magnifique et poétique. L’écriture est agréable mais presque trop douce pour moi, le rythme trop lent.

Le livre contient également beaucoup de références littéraires, de Léonora Miano à Felwine Sarr, il donne envie de lire plus et de découvrir les auteurs et autrices cité-e-s.

Concernant le livre en tant qu’objet, je suis une personne qui est très attachée à ses livres et j’aime d’ailleurs posséder les livres que j’ai lu et qui m’ont plu. J’aime écrire dedans, souligner, mettre des notes. Je dois dire que je n’ai pas vraiment aimé cette édition, ni les marges, ni la police… J’imagine que ça peut paraitre étrange comme remarque mais quand on aime nos livres en tant qu’objets ces considérations matérielles ont aussi leur importance.

* * *

Citations 

« Estelle, le passé que je ne connais pas me rend fou » p.87

« Je suis quelqu’un de libre. Je suis donc seule. Je sais depuis la nuit des temps que ces deux choses sont liées , à la vie et à la mort. Malgré cela, je suis convaincue que tous, on doit chercher à être libres dans notre tête. Pour nous intégrer réciproquement. Vraiment. Et pour qu’un jour se dégage une quelconque forme de paix. » p. 89

« Je suis quelqu’un qui naît en pleurant » p. 93 

« Vous vous préoccupez tant en Occident ! Sou pleurez à l’avance pour des pertes éventuelles, vous êtes la proie de votre anxiété pour des projets que vous n’avez même pas commencés » p. 101 

« Et si vous choisissez l’athéisme, je vous souhaite d’être guidées et soutenues par le plus Grand Espoir, parceque pour croire seulement en l’Homme il en faudra beaucoup plus que toutes les religions du monde » p. 103

« La distance c’est sentir ma mère dans le coeur, le seul endroit qu’elle se retrouve à habiter, et crier à son retour, serait-ce qu’en rêve » p. 105 

« Une fois rentré, j’espérais quelqu’un me demande de raconter quelque chose sur mes lumières et mes rêves. J’aurais eu beaucoup, beaucoup à raconter. Mais personne ne l’a fait donc je n’ai rien dit » p. 124

« L’Atlantique est notre histoire. Pour ça je te demande de me répondre. De m’aider à dompter ce passé si résolu, traître, charmeur. Seulement ensemble, on réussira é nager, et donc à vivre. Et puis, peut-être, s’il n’est pas trop tard, on pourra aussi oublier » p.148

 

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